« Russie-Afrique. Les médias des deux continents » : discussions à Ékatérinbourg sur ceux qui façonnent l’image de l’Afrique dans les médias du monde entier

Le 14 septembre 2026, à Ekaterinbourg, dans le cadre du Festival international de la jeunesse, la session intitulée « Russie-Afrique : les médias des deux continents » s’est tenue à l’espace de conférences « Kourtchatov » de la Société « Znanié ». Le modérateur, Sergueï Bondarenko, a énoncé le thème de la discussion : qui décide réellement de l’image de l’Afrique que verront des millions de personnes à travers le monde, et de quoi un journaliste débutant a-t-il besoin pour toucher un public international.
Animateur sur la chaîne RT, concepteur de l’émission intitulée « Effet Sanchez », lauréat des prix Emmy et Peabody, Rick Sanchez a commencé par évoquer ses quarante ans d’expérience chez CNN, Fox News, NBC et BBC, pour finalement ramener l’essence du métier à une seule chose : le droit à la parole. « Le journalisme, ce sont des questions que l’on pose. N’importe qui peut poser une question. Mais l’essentiel est : avez-vous le droit et la force de la poser ? Le pouvoir, c’est le micro. Le pouvoir, c’est le carnet dans lequel on vous autorise à écrire », souligne-t-il.
L’intervenant a accordé une attention particulière au langage de l’actualité qui façonne l’opinion du public avant même que les faits ne le fassent : « Si un pays ne me plaît pas, on parle de "régime" ; s’il me plaît, de "gouvernement". Si un groupe me plaît, ce sont des patriotes ou des insurgés ; s’il ne me plaît pas, ce sont des terroristes. Voilà les mots que nous utilisons. » Selon lui, la véritable liberté éditoriale se mesure à l’identité de celui qui rédige le texte : « Lorsque je travaillais pour CNN, l’émission était écrite pour moi : on me disait quoi demander, quoi dire et ce qu’il ne fallait pas dire. Aujourd’hui, en revanche, c’est moi qui rédige notre émission. C’est cela, le contrôle du récit. » L’avenir, estime Sanchez, sera façonné par l’Afrique, l’Inde, la Russie et la Chine, à condition chacun de ces acteurs apprenne à raconter sa propre histoire.
Animateur de l'émission radiophonique sur Sputnik Africa (agence Rossiya Segodnya), spécialiste des relations internationales, Ahmat Tahir Bakhit, originaire du Tchad, décrit ce qui façonne l’image communément admise du continent : « L’Afrique, ce sont 54 pays et 1,4 milliard d’habitants. Chacun a sa propre histoire, ses particularités, sa culture et ses danses. Or, pour les médias occidentaux, l’Afrique semble n’être qu’un seul pays. » Il articule son programme, intitulé « Souveraineté future », autour d’une démarche inverse : donner la parole aux chercheurs, étudiants, entrepreneurs et artistes africains afin que le continent puisse s’exprimer par lui-même. Il résume aussi cette idée par un proverbe africain : « Tant que c’est le chasseur qui raconte l’histoire, la forêt restera à jamais dans l’ombre. »
L’intervenant a consacré le volet pratique de la discussion à la collaboration entre les rédactions. Dans le cadre du programme « Sputnik PRO », des journalistes africains suivent des formations en Russie plusieurs fois par an et travaillent aux côtés de leurs homologues russes ; selon lui, ce modèle mériterait d’être étendu à d’autres médias russes. Il ne s’agit pas pour autant de substituer une image à une autre : « Nous ne disons pas qu’il faut uniquement une belle image de l’Afrique. Nous voulons la réalité : que l’Afrique soit montrée telle qu’elle est. »
Les participants sont parvenus à la même conclusion : ce n’est pas la rhétorique qui transforme l’image du continent, mais la présence — ses propres journalistes, ses propres reportages — ainsi que la volonté de poser des questions qui dérangent. La session s’est tenue en amont du Troisième sommet Russie-Afrique, prévu les 28 et 29 octobre 2026.